De Sarnath à Mughal Serai Un court détour sous les palmiers du Parc aux Cerfs ou Sakkiabuddhim déclara son premier sermon entre pommes de bananes et les noix de coco. En fait c`est là qu`il rattrape cinq de ses vieux potes avec qui il s`était fâché sur une vieille histoire de macération. Il les rattrape et leur dit : " O les potes ! j`ai déconné, en allant m`enterrer entre les fleurs de pommiers et les noyaux du cerisier, mais c`est fini j`ai changé, j`ai arrêté de bouder, on ira se taper du dal aux chapatis, et on fera une belote assis entre les pissenlits, fumons un petit beedie et enivrons-nous des parfums de l`encens et du patchouli... " C`est sur ces entrefaites que Sakkia Buddho se reconcilia autour d`un tchai avec ses vieux potes. C`est ce que la légende nous raconte...
13.3.07
Une histoire de train
Le train c`est un peu ma hantise en Inde. Au cours de mon premier voyage en 99 je m`étais retrouvé dans le trou du cul du centre de l`Inde à Mangalore et j`avais dû prendre un ticket pour le trou du cul du sud vers la capitale du Kerala : en entrant dans la gare les guichets étaient pris d`assaut par des grappes d`hindous en furie se jetant sur l`hygiaphone et poussant des cris en inglidoo pour se bousculer en s`empoignant à qui mieux-mieux tels les singes du Livre de la Jungle... J`avais dû me battre pour accéder au guichet et prendre un billet, harcelé par une foule d`hindous indifférents au respect d`une file d`attente et jouant plutôt au jeu contraire : le premier qui colle sa gueule sur la vitre de l`hygiaphone a gagné. Ayant réussi l`épreuve du train à Dehli pour ma seconde étape ferroviaire, je me croyais vacciné. Voici ce qu`a donné mon 3ème voyage en train : outre les formalités du parcours du combattant afin tout d`abord de connaître l`horaire du train puis obtenir un ticket à l`un des guichets surpeuplés de grappes d`hindous et enfin savoir sur quel quai arrive le train, puis au dernier moment traverser les rails car le train qui a trois heures de retard vient de changer de quai, après ces menus détails, je m`engouffre à Mughal Serai en classe sleeper bondée et j`y allonge mon sac sur une couchette superposée en prétextant à l`hindou à qui elle appartient que je bougerai dès qu`il voudra dormir, puis je vais me griller une clope entre deux wagons, malgré les petites pancartes : " Interdit de fumer - Amende 100 roupies. " Aucun contrôle à l`horizon. Je retourne m`étendre sur la banquette dûment squattée. Après deux ou trois heures le train qui entre dans une gare m`offre l`occasion de descendre allumer une cigarette sur le quai. A peine je tire une bouiffe que les wagons redémarrent, je m`enfile en croyant pouvoir finir mon clopiot dans le couloir, un soldat monte à ma suite. Je vais pour éteindre ma clope en me disant qu`il faut peut-être pas déconner avec l`armée quand même. Je sens mon poignet attrapé et brandi dans les airs avec ma main et sa clope au bout, agitée comme une marionnette. Et mon soldat, un tigre de sergent d`un bon demi-quintal le fusil à l`épaule, me gueule dessus en inglidoo comme s`il avait attrapé un terroriste pakistanais. Il me rugit dessus comme un grizzly affamé du Bengale qu`a pas mangé de cacahuètes depuis six mois. Peut-être venait-il de sortir de son hibernation. Il en réfère de suite à son capitaine qui a bien noté le zèle de son sergent à la denonciation de mon comportement, enculé d`occidental qui fume entre les compartiments. Le capitaine me propose un arrangement : soit la prison, soit mille roupies d`amende. Mais je sens briller dans ses yeux la comédie de la malice sous le regard zélateur de mon éléphant de sergent, scrutant le jugement impartial de l`armée suspendue à la sentence des lèvres du commandant. Alors mon capitaine me dit que c`est bon pour cette fois. Mais le major arrive, le chef emmitouflé dans son écharpe pour protéger ses petites oreilles du froid de la nuit, et le sergent ne voulant pas lâcher l`affaire comme un chien accroché à son os ou un hindou mordant un épi de maïs grillé, ils se mettent d`accord sur 200 roupies, minimum syndical pour calmer un sergent en colère. Ils me font asseoir sur une banquette cependant que l`on va quérir le greffier afin d`établir la nature du délit. Le contrôleur se pointe et découvre que je n`ai pas le bon billet pour la classe sleeper, rajoutant du grain à moudre au sujet de ma contrevenance fumatoire en milieu ferroviaire. Mon sergent se met à gueuler de plus belle : non seulement je fume dans le wagon et en plus je ne devrais même pas être dans le wagon car je n`ai pas le bon ticket. C`est à ce moment-là que je choisis de faire une petite prière à Shiva pour la forme, en priant également Krishna au cas où les prisons hindoues seraient froides. Mon putois de sergent se met à harceler le contrôleur comme si c`était l`honneur d`une affaire d`Etat qui était en jeu, mais le contrôleur apparemment passablement excédé par les rugissements de mon sergent éructant, et voila que la SNCF hindoue se ligue contre l`armée et se range de mon côté, y trouvant le malin plaisir d`exciter encore un peu mon grizzly du Bengale en colère, en lui disant que même si j`ai pas le bon ticket j`ai le droit d`être dans ce train. Ils font alors appel au chef des contrôleurs. Et je vois arriver un gentil Ewok, presqu`un mini-moy, tout sourire et empli d`amour jusque dans les branches de ses lunettes. Sans doute une manifestation de Krishna. Mon grizzly de sergent se met à éructer de plus belle en pointant l`antenne de son talkie-walkie sur la poitrine du gentil chef contrôleur Ewok. Le mini-moy, incarnation supreme de l`amour, tente d`apaiser de ses ondes bienveillantes les gueulantes du sergent, et fait mine de sortir son calepin pour me coller une amende. Voyant que ça ne marche pas et que le soldat a depassé les bornes du respect a son égard, l`Ewok envoie tout simplement le sergent au diable en lui jetant un sortilège mini-moy de derrière les fagots, obligeant le grizzly bouillonnant à ravaler sa rage. Tel un roc infranchissable, l`Ewok mini-moy faisait barrage afin de me protéger de l`armée, me souriant de ses yeux illuminés et bien décidé à montrer aux soldats qui commandait dans le train. L`histoire a fait un tel ram-dam dans les wagons qu`ensuite une foule d`hindous s`est pressée vers moi pour me dire : " Vous savez, il ne faut pas fumer dans le train. " Et chacun à son tour me proposa de venir m`asseoir à son siege. Moralité : pour entendre le son du coeur, mieux vaut l`écoute d`un Ewok avec sa petite banane qu`un gros sergent avec un poireau dans le cul.
Bodhgaia : le retour de l`éternel Comme dit Niseema : " C`est sous l`arbre de la Bodhi que l`Illuminé se bouddha. " Alors que Sitharto Bouthamma et ses vieux potes buvaient du tchai sous un palmier, l`un d`eux demanda : - Alors nous allons pratiquer la méditation vipassana ? - Non ! répondit Boudhi : ni yoga ni vipassana, ni même méditation, juste être là, c`est-à-dire ici. N`observons rien, soyons. Ainsi tel le fil du ver a soie qui repose en sa carcasse, le papillon né du cocon terrasse même le dragon, à cheval sur le dos d`un taureau. Envoyons balader tous ces concepts mystiques et revenons à la source du présent d`être ici, ce que Martin H nomme " l`être-Là historial " et rejoignons l`ordre né de nos pieds en cercle. Osho a raison : " L`attention crée la tension. " Ni observateur, ni observé, aucun tyran pour la pensée sans trace et fluide de l`esprit qui se fond dans l`énergie divine du Dieu de l`amour résidant au cœur du ventre de l`humanité. Soyons le terreau et la source de notre entièreté et de son êtreté. Les dieux sauront nous remercier de n`être pas tout a fait morts en nous, comme en son temps Nietzsche l`aurait crié de rage, et allons plutôt visionner une cassette d`Osho, ensuite on se tapera un bon couscous royal. Allons : marchons vers le silence et au bruit de ses sons fuyons vers l`Ashram, à l`ombre d`un Pipal nous étendrons nos voiles. Le dharma de la connaissance surgit au nom de l`océan, au centre des profondeurs s`emplit le firmament.
